Trésorerie

Plan de trésorerie : exemple sur 12 mois et méthode pour le construire

CGF Consulting · 11 octobre 2026

Un plan de trésorerie prévoit, mois par mois, l'argent qui entrera et sortira réellement du compte bancaire. Il ne mesure pas la rentabilité : il répond à une autre question, plus urgente, « aurai-je de quoi payer à chaque échéance ? ».

Voici un exemple complet sur 12 mois, construit ligne par ligne, puis la méthode pour bâtir le vôtre et les erreurs qui rendent un plan inutile.

À quoi sert un plan de trésorerie

Le compte de résultat dit si l'entreprise gagne de l'argent sur l'année. Le plan de trésorerie dit quand l'argent arrive et part. Les deux divergent dès que les clients paient à 30 ou 60 jours, que la TVA se reverse le mois suivant ou qu'un emprunt se rembourse.

Il sert à trois choses :

  • anticiper un découvert plusieurs mois à l'avance, quand on a encore le temps de négocier ;
  • préparer un rendez-vous bancaire : une banque prête plus facilement sur un besoin chiffré et daté que sur une urgence ;
  • décider d'un investissement, d'une embauche ou d'un délai accordé à un client, en voyant son effet sur le solde.

Les hypothèses de l'exemple

Une entreprise de prestations de services entre professionnels, au régime réel normal de TVA avec déclaration mensuelle.

  • Chiffre d'affaires annuel : 264 000 € HT, avec un creux en juillet et surtout en août (8 000 €).
  • Clients payés à 30 jours : le chiffre d'affaires d'un mois est encaissé le mois suivant, TVA comprise (20 %).
  • Sous-traitance et achats : 25 % du chiffre d'affaires, payés le mois même.
  • Salaires et charges sociales : 12 500 € par mois.
  • Loyer et frais fixes : 3 900 € TTC par mois.
  • Remboursement d'emprunt : 1 200 € par mois.
  • TVA : pour une prestation de services, elle est due à l'encaissement. Celle encaissée en mars, diminuée de la TVA payée sur les achats et les frais du même mois, est reversée en avril.
  • Trésorerie de départ : 12 000 €.

Sur l'année, l'entreprise dégage un résultat positif d'environ 9 000 € avant intérêts, amortissements et impôt. Elle est rentable.

L'exemple sur 12 mois, ligne par ligne

Montants en euros. Les encaissements et les achats sont TTC.

Mois Encaissements clients Achats Salaires et charges Loyer et frais Emprunt TVA reversée Solde du mois Trésorerie fin de mois
Janvier 26 400 6 000 12 500 3 900 1 200 2 650 +150 12 150
Février 24 000 6 000 12 500 3 900 1 200 2 750 −2 350 9 800
Mars 24 000 7 200 12 500 3 900 1 200 2 350 −3 150 6 650
Avril 28 800 7 200 12 500 3 900 1 200 2 150 +1 850 8 500
Mai 28 800 7 800 12 500 3 900 1 200 2 950 +450 8 950
Juin 31 200 7 800 12 500 3 900 1 200 2 850 +2 950 11 900
Juillet 31 200 5 400 12 500 3 900 1 200 3 250 +4 950 16 850
Août 21 600 2 400 12 500 3 900 1 200 3 650 −2 050 14 800
Septembre 9 600 7 200 12 500 3 900 1 200 2 550 −17 750 −2 950
Octobre 28 800 7 800 12 500 3 900 1 200 0 +3 400 450
Novembre 31 200 7 800 12 500 3 900 1 200 2 600 +3 200 3 650
Décembre 31 200 6 600 12 500 3 900 1 200 3 250 +3 750 7 400

Ce que le plan révèle : le creux de septembre

L'entreprise est rentable sur l'année, et pourtant son compte passe à −2 950 € fin septembre. Trois décalages s'additionnent :

  1. Le creux d'août se paie en septembre. Les clients paient à 30 jours : le faible chiffre d'affaires d'août (8 000 € HT) n'entre qu'en septembre, alors que les salaires et les frais tombent comme d'habitude.
  2. La reprise coûte avant de rapporter. En septembre, l'activité repart et la sous-traitance se paie tout de suite, mais les factures de septembre ne seront encaissées qu'en octobre.
  3. La TVA de l'été tombe au mauvais moment. En septembre, l'entreprise reverse encore la TVA encaissée en août sur le bon chiffre d'affaires de juillet.

En octobre, la TVA due est même négative : la TVA payée sur les achats de septembre dépasse celle encaissée. Ce crédit n'est pas remboursé tout de suite, il vient en déduction de la déclaration suivante, ce qui explique les 2 600 € de novembre.

Vu en mars, ce creux laisse six mois pour agir : négocier une autorisation de découvert, décaler une échéance, demander un acompte aux clients de la rentrée ou facturer les prestations de juin et juillet plus tôt. Découvert le 25 septembre, il ne laisse que des solutions coûteuses.

Construire son propre plan de trésorerie

  1. Partez du solde bancaire réel du jour, pas du bilan.
  2. Listez les encaissements à leur date probable, pas à la date de facture : appliquez le délai réel de chaque client, pas le délai contractuel.
  3. Listez les décaissements à leur date de paiement : salaires, charges sociales, loyer, fournisseurs, emprunts, impôts.
  4. Traitez la TVA à part : collectée, déductible, et la date de reversement selon votre régime.
  5. Ajoutez les éléments exceptionnels : investissements, acomptes d'impôt, cotisation foncière des entreprises, primes, remboursements.
  6. Calculez le solde cumulé et repérez chaque mois négatif.
  7. Mettez le plan à jour chaque mois, en remplaçant le prévu par le réalisé : un plan non actualisé n'est plus qu'une hypothèse.

Plan simplifié ou plan complet ?

Pour une micro-entreprise ou une activité débutante, un plan simplifié suffit : encaissements, grandes catégories de dépenses, solde. Dès qu'il y a des salariés, de la TVA et plusieurs clients importants, il faut le détailler comme dans l'exemple, sinon les décalages restent invisibles.

Les erreurs qui rendent un plan inutile

  • Prendre le chiffre d'affaires facturé pour de l'argent encaissé.
  • Oublier la TVA, ou la compter comme une recette.
  • Oublier les échéances annuelles : cotisation foncière des entreprises, acomptes d'impôt sur les sociétés, assurances payées en une fois.
  • Construire le plan une fois, pour la banque, puis ne plus l'ouvrir.
  • Prévoir un solde juste positif : un mois à 450 € comme octobre dans l'exemple ne laisse aucune marge pour un client qui paie en retard.

Questions fréquentes

Quelle différence entre plan de trésorerie et budget prévisionnel ?

Le budget prévisionnel raisonne en produits et en charges, hors taxes, et donne un résultat. Le plan de trésorerie raisonne en encaissements et en décaissements, TVA comprise, à leur date réelle, et donne un solde bancaire.

Sur quelle durée faire un plan de trésorerie ?

Douze mois glissants est la référence : on ajoute un mois à chaque mise à jour. En période tendue, un suivi hebdomadaire sur les trois mois à venir complète le plan annuel.

Un plan de trésorerie se fait-il en HT ou en TTC ?

En TTC pour les encaissements et les décaissements, puisque c'est ce qui passe sur le compte, avec une ligne à part pour la TVA reversée à l'État.


Pour construire votre plan de trésorerie et le suivre chaque mois, voyez notre accompagnement en prévisionnels et business plan et en gestion financière. Pour apprendre à le faire vous-même, notre formation finance pour non-financiers le traite sur vos propres chiffres. À lire aussi : le calcul du seuil de rentabilité.

Une question sur votre situation ?

Premier échange sans engagement, ou par téléphone au 06 67 35 92 26.

Prendre rendez-vous