Création d'entreprise

SARL, SAS, EURL ou micro : quel statut juridique choisir

CGF Consulting · 22 septembre 2026

Le choix du statut juridique est la première décision structurante d'un créateur, et celle qu'on regrette le plus souvent. Elle engage votre protection sociale, votre fiscalité, votre capacité à faire entrer des associés et votre exposition patrimoniale.

Il n'existe pas de meilleur statut dans l'absolu. Il existe un statut adapté à votre situation, à un moment donné, et cette situation évolue.

Le tableau de comparaison

Critère Micro-entreprise EURL / SARL SASU / SAS
Régime social du dirigeant Travailleur non salarié Travailleur non salarié Assimilé salarié
Taux de cotisations 21,2 % du CA (services) ~45 % du revenu net ~80 % du net versé
Protection sociale Minimale Correcte, pas de chômage Meilleure, pas de chômage
Imposition par défaut Impôt sur le revenu Impôt sur les sociétés Impôt sur les sociétés
Déduction des charges Non, abattement forfaitaire Oui, au réel Oui, au réel
Récupération de TVA Non sous les seuils Oui Oui
Cotisations sur dividendes Sans objet Oui au-delà de 10 % du capital Non
Responsabilité Limitée au patrimoine pro Limitée aux apports Limitée aux apports
Coût de création Gratuit 200 à 800 € 200 à 900 €
Comptabilité Livre de recettes Complète Complète

Les trois critères qui décident réellement

1. Le niveau de charges réelles

C'est le critère le plus déterminant, et le plus souvent ignoré. En micro-entreprise, vous ne déduisez rien : un abattement forfaitaire est appliqué, 34 % pour les prestations de services libérales, 50 % pour les services commerciaux, 71 % pour l'achat-revente.

Si vos charges réelles dépassent l'abattement, vous payez de l'impôt sur un revenu que vous n'avez jamais eu.

Un exemple. Un consultant réalise 60 000 € de chiffre d'affaires avec 8 000 € de charges réelles. L'abattement de 34 % lui en accorde 20 400 € : la micro-entreprise est très favorable. Le même consultant avec 25 000 € de charges, parce qu'il loue un local et sous-traite, serait imposé sur 39 600 € alors qu'il gagne 35 000 €. Le régime devient pénalisant.

2. Le mode de rémunération que vous visez

La différence entre SARL et SAS ne se joue pas sur le prestige, mais sur le traitement des dividendes.

En SARL, les dividendes versés au gérant majoritaire sont soumis à cotisations sociales pour la part excédant 10 % du capital social, des primes d'émission et des comptes courants. En SAS, les dividendes du président ne supportent aucune cotisation sociale : seuls s'appliquent le prélèvement forfaitaire unique de 30 %, ou le barème sur option.

Cette différence oriente le choix :

  • vous vous rémunérez principalement en salaire : la SARL coûte moins cher en cotisations pour un même net ;
  • vous vous rémunérez principalement en dividendes : la SAS est nettement plus avantageuse ;
  • vous alternez selon les années : la SAS offre plus de souplesse.

3. La protection sociale dont vous avez besoin

Le gérant majoritaire de SARL relève du régime des travailleurs non salariés : cotisations plus faibles, mais indemnités journalières limitées, retraite moins généreuse, et carence en cas d'arrêt.

Le président de SAS est assimilé salarié : il cotise beaucoup plus, et bénéficie d'une couverture proche de celle d'un cadre. Aucun des deux n'ouvre droit à l'assurance chômage.

Le choix dépend de votre situation personnelle : charges de famille, état de santé, existence d'une couverture par ailleurs, horizon de retraite.

Les seuils de la micro-entreprise en 2026

La micro-entreprise reste soumise à des plafonds de chiffre d'affaires :

  • 188 700 € pour la vente de marchandises et l'hébergement ;
  • 77 700 € pour les prestations de services et les activités libérales.

Le seuil qui arrive le plus vite n'est pourtant pas celui-là, mais celui de la franchise en base de TVA. Au-delà, vous devez facturer la TVA, ce qui renchérit mécaniquement votre offre de 20 % face à une clientèle de particuliers. Pour une clientèle professionnelle, l'impact est neutre puisqu'elle la récupère.

Ce basculement est souvent le vrai déclencheur du passage en société.

Et la SCI dans tout ça ?

La société civile immobilière n'est pas une alternative aux statuts ci-dessus : elle a un objet civil et ne peut pas exercer d'activité commerciale. Elle sert à détenir et gérer de l'immobilier, généralement en famille.

Attention à un point : dans une SCI, les associés sont indéfiniment responsables des dettes sociales à proportion de leur part. Contrairement à une SARL, la responsabilité n'est pas limitée aux apports. Notre guide de la SCI familiale détaille ce point et les conséquences du choix entre impôt sur le revenu et impôt sur les sociétés.

Peut-on changer de statut ensuite ?

Oui, et c'est fréquent. Le parcours le plus courant consiste à démarrer en micro-entreprise pour tester l'activité, puis à basculer en société quand les charges augmentent ou que les seuils approchent.

Le passage se fait par création d'une société et cessation de la micro-entreprise. Il n'est pas gratuit et demande de l'anticipation, notamment pour le transfert des contrats en cours et la gestion de la TVA.

Le passage de SARL à SAS, lui, est une transformation, qui suppose une décision collective, une modification des statuts et parfois l'intervention d'un commissaire à la transformation. Comptez plusieurs semaines.

Ce qu'il faut retenir

Démarrez en micro-entreprise si votre activité est de service, vos charges faibles, et que vous voulez tester sans risque ni formalisme.

Choisissez la SARL ou l'EURL si vous vous rémunérez surtout en salaire, que vous cherchez le coût social le plus bas, et que le cadre légal rigide vous convient.

Choisissez la SAS ou la SASU si vous prévoyez de vous verser des dividendes, d'accueillir des investisseurs, ou si vous voulez une meilleure protection sociale et des statuts sur mesure.

Dans tous les cas, faites le calcul chiffré sur votre propre situation avant de signer. Un écart de plusieurs milliers d'euros par an entre deux statuts est courant, et il se constate rarement à l'intuition.

Notre accompagnement à la création d'entreprise inclut cette simulation comparative. Pour la rédaction des statuts et les formalités, voyez notre service juridique, et pour vérifier les aides auxquelles vous aurez droit dès la première année, notre guide des aides fiscales des TPE.

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